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19.01.2008
L'absence de regard
Pas de billet réjouissant cette semaine. Les idées noires.
Lilly s'est suicidée
Sa tante l'a retrouvée pendue
Elle souriait tout le temps
En état de mort cérébrale
On ne comprend pas .
" Je la vois encore parfaitement. Taille normale, cheveux châtains, elle souriait tout le temps."
Moi, je ne la vois pas. Elle était en Term ES, Lise Hélène. Elle s'inquiétait pour son Bac. Quand la proviseur, jeudi, a annoncé qu'elle était dans le coma après une tentative de suicide à sa classe, la professeur d'Espagnol s'est effondrée, devant des élèves, ses camarades, interloqués. Ils ne comprennent pas.
"Lilly, ils l'ont débranché ce week-end. Elle est pas morte, ils l'ont débranché. Je crois qu'elle reviendra pas ici. "
Lundi, c'est "un état de mort cérébrale" que l'on vient annoncer. La mort n'est pas officielle (comme nous dit ce cher professeur d'Allemand, avec son tact habituel), elle attend le bon moment. Épilogue. Les visages fermés de tous ceux qui l'ont connue. C'était qui Lilly ? "C'est mon amie, Lilly". Elle ne comprend pas.
"Elle n'a pas laissé de lettre, j'sais pas pourquoi elle a fait ça. Elle reviendra pas maintenant. Lilly, elle souriait en permanence, elle rigolait toujours."
Pourquoi ? L'éternelle question, l'éternel aveu d'échec de ceux qui n'ont pas su voir. Mais pas su voir quoi ? Son sourire ? Les regards compatissants à l'entente du souvenir de l'amie perdue. Elle ne reviendra pas ? L'éternelle question, sourire compatissant en guise d'aveu. On ne comprend pas.
"Tu vois, aujourd'hui, j'me dis que, quand même, il y avait quelque chose dedans ses yeux."
Sûrement, pardi.
N'y pensons pas. La culpabilité en ronge probablement bien trop. La faute à qui, à quoi ? Pourquoi, pourquoi toi ? N'y pensons pas.
Pensons au sourire. Dernière image de Lilly. Lise Hélène, la jeune fille au sourire. Je ne t'ai jamais connue, jamais vue, peut être croisée, certainement bousculée. Une fille au sourire parmi tant d'autres, parce qu'au fond, on ne remarque que celles qui pleurent.
Tous ces gens qui, eux, t'ont vue, connue et reconnue, tous se souviennent de ton sourire. L'éternel sourire de Lilly. Lilly, elle souriait tout le temps. Un dernier sourire, avant de partir ? Je n'ai pas compris, Lilly. Tu en as trop donné, des sourires ? Alors arrêtes, et sourions à ta place. Tu reviens ? Je ne comprends pas.
A Lilly.
Ce sourire qui nous cachait un regard.
Ou l'absence de regard.
Tu nous a bien eut Lilly,
j'aimerais croire au paradis.
23:25 Publié dans Et les autres, c'est quoi ? | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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